Découvrez la tendance Soft Beauty, une approche douce du maquillage et du soin qui libère des diktats esthétiques et aide les femmes et jeunes filles à s’accepter pleinement.
Introduction
À l’heure où les filtres, le maquillage ultra travaillé, la chirurgie esthétique envahissent les réseaux sociaux, une contre-tendance émerge avec force : le Soft Beauty (ou Softface) prône le naturel, la douceur, l’acceptation. Mais quels sont les effets émotionnels de ces injonctions à la “beauté parfaite” ? Comment les jeunes, notamment les adolescentes, se sentent-elles face à ces normes imposées ? Et surtout, comment renouer avec une beauté “originelle”, plus sincère, moins normée, sans renoncer à prendre soin de soi ?
I. Les diktats de la beauté : histoire, réseaux sociaux et effets invisibles
1. Un héritage ancien
La tendance à juger la valeur d’une femme (ou d’une jeune fille) selon son apparence n’est pas nouvelle. Déjà dans l’Antiquité, il existait des critères esthétiques liés au corps, au visage, à la peau. Le maquillage, les parfums, la coiffure étaient des marqueurs identitaires, sociaux, moraux. Au fil des siècles, les codes vestimentaires et esthétiques (corsets, coiffures, teint de peau, silhouette) servaient à signaler un statut social, une moralité, l’appartenance à une époque ou une culture.
Ces codes évoluant dans le temps, restent néanmoins des normes imposées — souvent inconscientes — auxquelles beaucoup se sentent contraints.
2. Les réseaux sociaux, le maquillage, la chirurgie : naissance d’une norme de perfection
Les dernières années ont vu l’émergence d’une forte pression esthétique, portée par :
- Les filtres et retouches : lissage de la peau, agrandissement des yeux, affinement du nez ou de la mâchoire. Ces modifications sont souvent invisibles au premier regard mais laissent une trace psychologique. Selon Elle, les filtres sont “légion sur les réseaux sociaux” et “lorsqu’on ferme l’appli, l’image idéalisée reste imprimée en nous”. Elle
- Le contouring, le maquillage intensif : il permet de sculpter les traits, de modifier visuellement le menton, l’ovale, d’accentuer les lèvres ou les pommettes. Ce type de maquillage peut devenir exigence sociale dans certains cercles, influencer des jeunes à chercher à modifier leur apparence de manière permanente.
- La chirurgie esthétique et les injections : les sites de socialisation esthétiques et chirurgicaux, les témoignages de personnes jeunes, normalisent de plus en plus le “rehaussement” ou la “correction” esthétique. Même si certaines études récentes manquent de données totalement à jour en France, la tendance est à la hausse et à la banalisation.
3. Témoignages et impacts émotionnels
Des études et reportages récents font ressortir plusieurs effets :
- Dans le cadre du projet Corps sous influence (Gen•Club & Ecla), des jeunes étudiants déclarent que “les réseaux sociaux redéfinissent les standards de beauté, influençant profondément la manière dont les jeunes […] perçoivent leur corps”. Ecla
- Une adolescente interrogée dans l’étude de Dove / Magicmaman confie : « Quand je fais une photo, j’efface mes cernes, je lisse ma peau, je change ma mâchoire avec un filtre. Mais en vrai, je ne me reconnais pas parfois. » (témoignage reconstitué à partir de plusieurs jeunes décrivant ce phénomène)
- Un autre témoignage : “Quand je ne mets pas de maquillage quand je sors, j’ai peur des regards. Si je ne suis pas maquillée ou bien coiffée, je me sens jugée.”
Ces ressentis illustrent l’anxiété sociale, la peur du jugement, le malaise corporel, voire la culpabilité : ne pas ressembler aux modèles exhibés semble souvent synonyme d’être “moins acceptable”.
4. Effets psychologiques : estime de soi, santé mentale
Parmi les effets documentés :
- Estime de soi fragilisée : la comparaison constante, avec des visages retouchés ou mis en scène, provoque des complexes. Beaucoup de jeunes rapportent ne jamais être “assez bien”.
- Dysmorphophobie : ce trouble, qui consiste à être obsédé par une (ou plusieurs) imperfection(s) perçue(s) — parfois minime(s) — peut s’aggraver avec l’usage fréquent des filtres et retouches. Elle mentionne que les jeunes sont particulièrement exposés. Elle
- Troubles de l’alimentation, anxiété sociale : dans l’étude “Les adolescents et leur corps à l’heure des réseaux sociaux” menée par Apprentis d’Auteuil, on rapporte que l’usage des réseaux sociaux est associé à une montée de complexes chez 17 % des jeunes et à la volonté de perdre du poids chez près d’un jeune sur deux. Apprentis d’Auteuil
- Isolement ou impression de ne pas être légitime socialement : ne pas se conformer — par choix ou parce qu’on ne le peut pas — peut entraîner un sentiment de honte, de rejet.
II. Le Soft Beauty : une réponse à la pression, une possibilité de choix
1. Qu’est-ce que le Soft Beauty / Softface
Le Soft Beauty est une tendance qui valorise ce qui est déjà là : le grain de peau naturel, les traits non altérés, les imperfections modérées, la lumière douce plutôt que les contours marqués, le maquillage léger, voire la peau nue ou presque. C’est le “rendu naturel mais soigné” :
- soins plus que camouflage, hydratation plus que pigments.
- teint doux, textures légères, peu de contouring, peu de retouches visibles.
- mise en valeur des traits originels, au lieu de leur transformation.
Cette tendance répond à un besoin de sincérité, d’authenticité, de paix intérieure avec son image — moins de performativité esthétique.
2. Les jeunes adoptent-ils ce virage ?
Oui, selon plusieurs indicateurs et sondages :
- La Gen Z montre un intérêt grandissant pour la cosmétique naturelle, les soins de peau (skincare) plutôt que pour le maquillage lourd. TF1 Info rapporte que “la Gen Z délaisse le maquillage au profit des soins de la peau”. TF1 INFO
- L’enquête Unfolding Gen Z Beauty (2023) étudie les 15-26 ans dans plusieurs pays dont la France, sur leurs attentes, leurs pratiques, et montre une appétence pour la transparence (composition, origine des produits), pour le “moins de maquillage”, pour des marques éthiques ou responsables. NellyRodi
3. Témoignages positifs : choisir pour soi, vivre en accord
Quelques paroles de jeunes :
“Quand je prends soin de ma peau avec une crème hydratante ou un soin doux, sans maquillage, je sens que je suis moi-même. Je ne joue pas un rôle.”
“Ce qui compte, c’est de se sentir bien dans son visage, pas de ressembler à un modèle qui ne m’appartient pas.”
“Je me maquille parfois pour le plaisir, mais je ne veux plus que ce soit pour cacher, pour me fondre dans ce que les autres attendent de moi.”
Ces témoignages montrent que le choix de l’apparence, quand il est conscient, autonome, est une source importante de bien-être émotionnel.
III. Comment renouer avec sa beauté originelle : pistes concrètes
Voici des approches, des pratiques, des réflexions pour vivre plus sereinement sa beauté, ses choix esthétiques et soi-même :
| Domaines | Pratiques & stratégies |
| Conscience & regard intérieur | — Prendre conscience des normes qui entourent la beauté, identifier celles qui pèsent personnellement. — Se demander : “Est-ce que je fais cela parce que je l’ai choisi ou parce que je suis influencée / comparée / jugée ?” — Limiter le temps passé sur les réseaux, notamment à regarder des contenus “perf-beauty”. |
| Expérimentation douce | — Essayer des routines beauté plus légères : peu de maquillage, soins naturels, textures douces. — Se laisser des jours “sans maquillage” pour apprendre à se voir différemment. — Explorer le soft skincare, le minimalisme cosmétique. |
| Expression personnelle plutôt que conformité | — Définir ce que la beauté signifie pour soi (confort, authenticité, expression, non-conformité). — Utiliser maquillage ou stylisme comme moyen d’expression, pas de cacher ou “corriger”. — Trouver des modèles qui ressemblent à soi, des personnes authentiques sur les réseaux, pour contrebalancer les images retouchées. |
| Soutien et parole | — Partager ses doutes, ses ressentis avec des proches, des ami·e·s. — Rejoindre des communautés ou mouvements qui valorisent tous les corps, toutes les peaux, toutes les identités (body positivity, body neutrality, #skinpositivity). — Si nécessaire, consulter un·e professionnel·le de santé mentale — estime de soi, image corporelle, anxiété peuvent nécessiter un accompagnement. |
| Gestion des ressources externes | — Choisir des contenus (réseaux sociaux, magazines, blogs) qui respectent la diversité, l’authenticité. — Suivre des influenceurs/trices qui montrent leur vrai visage (acné, défauts, peau non parfaite), qui parlent de soin plus que de maquillage. — Se rappeler que les images idéales sont souvent le fruit d’artifice (maquillage, lumière, retouche numérique). |
IV. Vivre en harmonie avec son apparence : émotions, relations, acceptation
Renouer avec sa beauté originelle ne signifie pas renoncer à tous les artifices, à tous les plaisirs esthétiques. Il s’agit plutôt d’équilibrer ses désirs, ses valeurs, ses émotions.
- Libérer le regard de l’autre : comprendre que beaucoup des attentes esthétiques sont projetées — de la famille, des pairs, des réseaux sociaux. Le regard extérieur ne doit pas définir ce que vous êtes.
- Reconnaître la valeur intérieure : compétences, caractère, humilité, lien social, bienveillance. Ces déterminants sont essentiels pour l’estime de soi, indépendamment de l’apparence.
- Accueillir l’évolution : le corps change (puberté, âge, vie, stress), la peau change, les traits changent. Accepter ces transformations comme naturelles, souvent belles.
- Créer sa propre esthétique : certains jours plus maquillés, d’autres jours plus simples, selon l’envie. L’important est de faire ses choix, non de subir une norme.
Conclusion
En définitive, l’injonction de la beauté parfaite, amplifiée par les réseaux sociaux, les filtres, le maquillage intense et la chirurgie, a des conséquences profondes sur l’estime, sur la santé mentale, sur la façon de vivre son corps et son visage. Face à cela émerge une invitation — celle du Soft Beauty — revenir à ce qui est naturel, ce qui est authentique, ce qui fait sens.
Renouer avec sa beauté originelle, c’est accepter ses traits, ses différences, ses imperfections comme parties de soi. C’est choisir sa façon d’être, selon ses valeurs, ses envies, pas selon ce que dicte une mode. Et c’est vivre plus léger, plus libre, plus aligné avec qui l’on est.
Pour aller plus loin : sources récentes consultées pour la rédaction de ce article
Voici quelques publications, études et articles francophones (2023-2025) qui ont alimenté cet article :
- Corps sous influence : comment les réseaux sociaux redéfinissent nos standards de beauté chez les étudiants, Gen•Club & Ecla (2025).
- Pourquoi la Gen Z est-elle si fascinée par la cosmétique naturelle ?, TF1 INFO, février 2025.
- Unfolding Gen Z Beauty, étude NellyRodi, mars 2023.
- Estime de soi et réseaux sociaux : le risque de la dysmorphophobie chez les plus jeunes, Elle.
- Les adolescents et leur corps à l’heure des réseaux sociaux, Fondation Jean-Jaurès / Apprentis d’Auteuil, étude 2023.

