Ressentir et Agir

Argent, émotions et décisions : comment reprendre le pouvoir sur votre vie financière

Découvrez comment vos émotions, vos schémas inconscients et vos biais cognitifs influencent vos choix financiers – et comment vous en libérer pour construire enfin votre indépendance économique.

L’argent est loin d’être un simple outil d’échange neutre. Pour chacun d’entre nous, il est empreint d’une charge émotionnelle intense, mêlant désir, peur, honte, culpabilité ou encore sentiment d’injustice.

Ces émotions prennent racine dans notre histoire personnelle, notre éducation, les croyances collectives et les biais cognitifs qui modèlent nos décisions au quotidien.

Comprendre cette influence est un premier pas fondamental pour sortir d’une relation toxique à l’argent et tendre vers une forme d’indépendance financière épanouie et alignée.

Une histoire d’enfance : les racines émotionnelles de notre rapport à l’argent

Dès l’enfance, notre perception de l’argent est teintée par l’environnement familial. Était-il source de conflit, de silence, d’angoisse ou de puissance ?

A-t-on reçu de l’argent de poche conditionné, caché, ou généreusement offert ?

Ces expériences fondent nos croyances internes, souvent inconscientes, qui deviennent des référentiels déterminants : « L’argent, ça ne se demande pas », « Les riches sont cupides », « Je ne mérite pas la richesse ».

Selon la psychologue Marie-Claude François-Laugier (Travail en cours, Louie Media), les scripts financiers transmis dans l’enfance sont comparables à des loyautés invisibles qui guident nos choix adultes sans que nous en ayons conscience.

Ainsi, l’épargne peut devenir une compulsion rassurante, tandis que la dépense traduit un besoin d’exister ou de combler un vide affectif.

L’argent comme miroir de nos émotions : amour, peur, honte

L’argent est un objet hautement projectif. Il devient support d’une identité : je consomme donc je suis, ou au contraire, je m’interdis donc je suis digne.

En psychanalyse, comme le rappelle Alain Gibeault (France Culture), l’argent symbolise aussi bien le pouvoir que le manque. Il est lié à la dette symbolique que l’on croit devoir rembourser à ses parents ou à la société.

Ce lien entre argent et estime de soi se manifeste par exemple dans la culpabilité à gagner plus que ses proches, ou dans le sentiment d’imposture lorsqu’on améliore sa situation financière.

Ces émotions désagréables (peur du manque, honte d’avoir, colère de ne pas en avoir) conditionnent nos comportements plus que notre logique rationnelle.

Les biais cognitifs liés à l’argent : illusion de maîtrise et peur de perdre

Les neurosciences et la psychologie comportementale (notamment les travaux de Daniel Kahneman et Richard Thaler) ont démontré que nos décisions financières sont majoritairement irrationnelles, guidées par des raccourcis mentaux appelés « biais cognitifs ». Voici les plus courants :

  • L’aversion à la perte : nous ressentons deux fois plus fortement une perte qu’un gain équivalent. Ce biais nous pousse à conserver des investissements peu rentables ou à éviter des opportunités par peur.

Exemple : Julie possède des actions d’une entreprise qui chutent depuis des mois. Plutôt que de vendre et de limiter ses pertes, elle les garde, espérant une remontée, simplement pour ne pas « acter » une perte financière, même si elle pourrait investir ailleurs avec plus de bénéfices.

  • La comparaison sociale : nous évaluons notre situation en fonction de celle des autres, ce qui génère frustration ou sentiment d’échec, même en cas de progression.

Exemple : Marc vient d’économiser 5 000 € en un an. Mais lorsqu’il voit sur Instagram un ami en vacances à Bali ou qui a acheté une Tesla, il se sent pauvre, insatisfait et doute de ses choix, alors qu’il progresse objectivement vers ses objectifs.

  • La dissonance cognitive : nous justifions nos décisions irrationnelles pour réduire l’inconfort entre nos croyances et nos actes (« j’ai dépensé 300€ en soldes, mais c’était une bonne affaire »).

Exemple : Sophie, adepte de la frugalité, achète une montre de luxe à 800 €. Plutôt que de reconnaître un achat impulsif, elle se persuade que c’est « un bon placement » ou qu’elle « l’a mérité après une période difficile ».

  • L’effet de rareté : tout ce qui est perçu comme rare est survalorisé. Cela entraîne des achats impulsifs ou des investissements hasardeux.

Exemple : Lors du lancement d’une crypto-monnaie dite « révolutionnaire » avec un nombre de tokens limité, Thomas achète sans comprendre le projet, simplement parce que « c’est rare » et qu’on lui dit qu’il va manquer une opportunité.

Ces biais sont décrits dans plusieurs articles comme celui du site La Finance Pour Tous ou encore Le Monde de l’Economie. Ils sont exacerbés par nos émotions et notre passé.

Sortir des schémas limitants : vers une intelligence financière émotionnelle

Il est possible de transformer sa relation à l’argent. Mais cela suppose d’abord une prise de conscience. Voici quelques clés suggérées par les professionnels cités :

  1. Identifier ses croyances limitantes : noter les phrases intériorisées (« Je suis né pour galérer », « L’argent éloigne les gens ») et se demander d’où elles viennent. Par exemple : 
  • Comment nos parents dépensaient l’argent du ménage ?
  • Est-ce que les financent étaient un sujet tabou dans la famille ou bien était-ce plutôt décomplexé ?
  • Les fins de mois étaient-elles difficiles ou au contraire ? Comment étaient perçues les personnes aisées ou riches ?
  • Parlait-on d’argent facilement à table et si oui de quelle manière ? etc.
  1. Reconnaitre l’émotion dominante

Peur, honte, envie dans chaque décision financière, sans jugement. Par exemple :

  • Lors de votre premier achat immobilier,
  • Lorgner sur ce téléphone de dernière génération technologique sans pouvoir vous l’offrir,
  • Acheter un objet de prix, utile ou pas, sans mettre en danger pour autant vos finances etc.
  1. Travailler sur l’estime de soi

La confiance en ses capacités à mériter, à recevoir, à prospérer change radicalement le rapport à l’argent. Quelques exemples d’exercices simples à réaliser à la fin de cet article. Choisissez celui ou ceux qui vous conviennent ou tous ! C’est comme vous le sentez. L’essentiel est de commencer.

  1. S’informer et développer une culture financière bienveillante
  • Comprendre les mécanismes économiques de base, suivre des podcasts comme Parlons Cash, ou consulter des thérapeutes financiers.
  • Il y a sur le net de nombreuses sources, vulgarisées et cependant sérieuses, sur les clés de l’abondance financière, réaligner ses émotions avec le monde économique etc.
  • C’est une discipline à s’imposer que d’aller chercher toute source de motivation et de mieux comprendre ce qui nous motive vis-à-vis de la monnaie (en économie on parle de monnaie et non d’agent).
  1. Dissocier valeur personnelle et valeur monétaire

Ce n’est pas ce que vous gagnez qui définit votre valeur.

Il est essentiel de comprendre que votre valeur ne se mesure pas à votre salaire ou à votre compte en banque. Vous avez des qualités humaines, des compétences, des expériences de vie et des apports uniques qui n’ont pas de prix.

Se détacher de l’idée que « valoir plus, c’est gagner plus » permet de renforcer l’estime de soi et de mieux gérer son rapport à l’argent.

Il n’y pas de fatalité avec l’argent, mais des prises de conscience sur des schémas souvent toxiques, nos valeurs et les moyens à mettre en œuvre pour changer le cours de notre vie.

Cette reconquête d’autonomie passe souvent par un travail psychologique profond, mais aussi par des choix pratiques : budgétisation bienveillante, plan d’épargne aligné avec ses valeurs, gestion consciente de ses revenus.

Aller à la rencontre de son conseiller ou conseillère bancaire pour solliciter aide et conseils sans honte est une bonne démarche. De plus, cela rassurera votre banque plutôt qu’un client qui devient un fantôme.

Parler finances avec des personnes dont c’est le métier ou tout simplement des personnes qui sont intéressées par le sujet car elles ont une expertise, des compétences, vous permettra de comprendre ce monde que la plupart du temps, vous regardez comme une planète lointaine et inaccessible.

Enfin, la consultation d’un professionnel de santé mentale peut aider à débloquer vos biais cognitifs négatifs vis-à-vis de l’argent. La parole délivrée et l’écoute active, vous libérera d’une charge mentale souvent trop lourde à porter.

⭐️ Pour aller plus loin : sources recommandées et proposées

🎧 Argent et psychanalyse (France Culture) – podcast en 4 épisodes

Un podcast de France Culture sur le sujet “L’argent sur le divan” avec Mathilda Audasso – cela peut correspondre :

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La psychologie de l’argent – Le Monde de l’Économie

Un numéro récent sur les jeunes adultes et leur rapport à l’argent par Le Monde Argent :


Nos comportements en matière d’argent sont-ils rationnels ? (La Finance pour Tous)


La psychologie financière (Trends Le Vif)

  • La psychologie financière aide à mieux comprendre… — Trends/Tendances (Le Vif), avril 2024 Psychothérapie Psychodrame : article qui nécessite un abonnement pour le lire.

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Psychologie de l’argent : entre haine et amour (Découverte‑Mag)

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La fonction symbolique de l’argent en psychothérapie

Les émotions économiques (OpenEdition)

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Comprendre les biais liés à l’argent

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Théorie des perspectives (Reddit AddictionsFR)

Le rôle des émotions dans les jeux de hasard et d’argent. Développement typique et atypique des capacités de prise de décision – Sylvain Moutier [2015]

ATTENTION ! cet article nécessite un abonnement gratuit, mais il faut être majeur, car le sujet abordé est délicat voire sensible.

En savoir plus sur Daniel Kahneman, psychologue qui a révolutionné l’économie et connu pour ses recherches en économie comportementale et sur le bonheur.

Exercices sur l’estime de soi, quelques exemples :

🪞 1. L’exercice du miroir bienveillant (1 min par jour)

Objectif : Rétablir une image positive de soi.
Comment faire :
Chaque matin, regardez-vous dans un miroir, fixez votre regard et dites-vous à voix haute (ou à voix basse si besoin) une phrase positive comme :

« Tu es une personne digne, tu fais de ton mieux. »
« Je m’accepte comme je suis aujourd’hui. »
« Tu es en train d’évoluer et tu mérites l’amour. »
Astuce : Commencez avec des phrases neutres si les compliments sont trop durs au début.


📒 2. Le carnet des petites victoires (5 min le soir)

Objectif : Renforcer la conscience de sa valeur à travers ses actions.
Comment faire :
Chaque soir, notez 3 choses que vous avez bien faites ou qui vous ont apporté une petite fierté.
Exemples :

  • J’ai pris le temps de cuisiner un repas équilibré.
  • J’ai dit non sans culpabiliser.
  • J’ai osé poser une question que j’aurais évité d’habitude.
    Bonus : Relire les pages lors d’un coup de mou.

🧘 3. La pause d’auto-compassion (3 min)

Objectif : Apprendre à se parler comme à un(e) ami(e).
Comment faire :
Quand vous vous sentez mal ou avez l’impression d’avoir échoué, posez-vous ces 3 questions :

  1. Que dirais-je à un(e) ami(e) dans cette situation ?
  2. Puis-je reconnaître que je souffre sans me juger ?
  3. Quelle petite chose puis-je faire pour me réconforter ?
    Astuce : Respirez calmement pendant l’exercice.

🧭 4. La boussole des valeurs (1 à 2 fois par mois)

Objectif : Retrouver un sens à ses actions et à son identité.
Comment faire :
Listez 5 valeurs importantes pour vous (ex. : bienveillance, créativité, liberté, loyauté, respect…). Puis pour chaque valeur, notez :

  • Une action concrète passée qui l’a incarnée.
  • Une action à venir que vous pourriez faire pour l’honorer.
    Cela permet de se reconnecter à qui l’on est vraiment, au-delà du regard des autres.

❤️ 5. La lettre à soi-même (à refaire tous les 3 mois)

Objectif : Développer un regard tendre et juste sur soi.
Comment faire :
Écrivez une lettre comme si vous étiez un(e) ami(e) bienveillant(e), qui vous observe avec amour. Parlez de vos forces, de vos efforts, de vos douleurs.
Commencez par :

« Cher/Chère [votre prénom], je sais que tu traverses des choses, mais je veux te rappeler… »
Conseil : Lisez-la quand vous doutez de vous.


💬 6. Le défi des compliments reçus (1 semaine minimum)

Objectif : Apprendre à recevoir sans se dévaloriser.
Comment faire :
Chaque fois qu’on vous dit quelque chose de positif (compliment, merci, appréciation), notez-le dans un carnet ou votre téléphone.
Ne minimisez pas, ne dites pas « c’est rien » ! Dites simplement :

« Merci, ça me fait plaisir. »
Cela entraîne le cerveau à enregistrer les signes positifs.

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